Découvrez nos auteurs: Caroline Brault, conseillère pédagogique en évaluation, différenciation des apprentissages, organisation pédagogique, gestion de classe au CSSHC et Marc-Albert Paquette, conseiller pédagogique provincial en français, langue seconde, LEARN-RÉCIT SN à la communauté anglophone.
Chronique d’une salle de classe:
- Mais, Madame, ça sert à rien ça! Pourquoi on fait ça?
- Ça comptes-tu?
- But Miss, on a toujours plus de travail que les autres!
- On a déjà fait ça avec Monsieur X last year!
Avez-vous déjà entendu ça quelque part? On a beau être professionnel, ce genre de commentaire peut… nous tomber sur les nerfs! Pourquoi toujours se justifier? Si les élèves sont souvent très critiques de l’éducation qu’ils reçoivent, ils ne sont pas toujours les mieux informés pour savoir quelle tâche aura le plus d’impact sur leur apprentissage. À nous de leur expliquer ce que l’on fait et que ces tâches les aideront non seulement à apprendre, mais à savoir où ils en sont dans leur parcours d’apprentissage. Un élève qui sait pourquoi il fait quelque chose aura bien plus de chance de s’engager dans la tâche… et dans son apprentissage. Voici quelques pistes pour nourrir votre réflexion:
1. Pensons d’abord à la tâche
Une fois que nous avons ciblé des énoncés «Je peux», il est essentiel de réfléchir aux tâches qui permettront à l’élève de développer ses compétences et acquérir des connaissances. Qu’est-ce qui pourrait l’aider? Est-ce que la tâche que je propose permet réellement de vérifier les éléments que je veux mesurer?
2. Pensons à la démonstration de l’apprentissage
Lorsque mon élève réalise sa tâche, de quelle façon est-ce que je peux savoir ce qu’il a appris? Sur quels critères est-ce que je peux m’appuyer? Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire Évaluation 101 – partie C. On y traite notamment des éléments à prendre en compte lors du choix des critères et de leur impact sur l’apprentissage de l’élève. Or, en ce moment, réfléchissons aux preuves d’apprentissages qui nous sont fournies par les tâches réalisées par les élèves. C’est le moment de parler de triangulation.
Un triangle?
Quand j’évalue mon élève, j’observe ce qu’il fait, je parle avec lui afin de pousser plus loin dans sa compréhension, sa façon de raisonner, de faire des liens, et j’ai ses productions qui me démontrent son apprentissage final. À moi de choisir le type de traces qui va m’aider à l’accompagner au fur et à mesure. Par exemple, en début de parcours d’apprentissage, je gagne à l’observer en train de découvrir le contenu.
On parle de triangulation puisque l’on parle de trois façons d’amasser des traces d’apprentissages chez l’élève, chacune ayant ses caractéristiques particulières.
- Les observations sont des traces spontanées prises lors des ateliers, des routines, des périodes de travail individuel ou en équipe.
- Lorsqu’on parle de conversations, ce sont des moments planifiés d’échange entre la personne enseignante et l’élève, de discussion entre un petit groupe d’élèves et la personne enseignante, d’entrevue ou d’entretien.
- Finalement, les productions sont les travaux que l’élève produit, crée, fait, présente et qui nous permettent de porter un jugement professionnel sur le niveau de compétence qu’il a atteint.
Pour que ces traces soient utiles, pour qu’elles nous informent réellement sur la progression de nos élèves, on doit en avoir en quantité suffisante. Il est important de planifier notre collecte de traces, afin de respecter les critères ciblés. Il faut également avoir des traces variées: à nous de choisir le type de trace qui informera le mieux notre jugement professionnel.
Ce n’est pas obligé d’être compliqué!
C’est bien beau tout ça, mais on fait comment? Réponse courte: On n’a pas besoin de se compliquer la vie! Tout dépend des critères que vous aurez choisis. Dans une approche critériée, il y a différents degrés de précision dont voici quelques exemples:
- La case à cocher (Je coche si je le vois)
- Le degré d’observation (Je le vois, je le vois parfois, je ne le vois pas ou émoji souriant, neutre ou fâché)
- Les descripteurs liés à une lettre (ABCD)
- Le commentaire
Pour les consigner, toute bonne liste d’élèves ou feuille de papier fera l’affaire. L’essentiel est d’intégrer la triangulation à notre quotidien, et de se rappeler de quelle preuve on a besoin. Il n’est pas nécessaire d’amasser les mêmes preuves pour chacun des élèves. Si on planifie dès le départ les traces en fonction des cibles d’apprentissage de nos élèves, ce sera plus naturel d’en tenir compte tout au long du processus d’apprentissage.
À quel moment est-ce que c’est suffisant?
Observer nos élèves au quotidien nous permet de savoir où ils en sont rendus dans leur apprentissage au fur et à mesure. Ainsi, nous avons eu suffisamment de traces le jour où l’élève démontre de façon constante sa maitrise du contenu et, ainsi, l’atteinte de sa cible, de son énoncé « Je peux ». D’une observation à l’autre, en s’appuyant sur des critères clairement définis, nous serons à même de lui donner une rétroaction qui l’aidera à progresser dans son apprentissage. C’est ce dont nous parlerons dans notre prochain billet.
Maintenant si vos élèves vous demandent pourquoi on fait quelque chose en classe, vous pourrez leur répondre, car vous aurez votre plan: C’est pour t’aider, et c’est pour m’aider à t’aider!
Références
Université TÉLUQ. (2021). Recueillir des preuves d’apprentissage par triangulation. https://jenseigneadistance.teluq.ca/mod/page/view.php?id=617
Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques. (2013). Preuves d’apprentissage. [PDF]. https://equinoxe.cepeo.on.ca/wp-content/uploads/sites/2/2018/08/fascicule3-1.pdf?fbclid=IwAR0NP88TzqLfyG0J7e_IdnzMX7PIusBQGQ6yCZuYoC3dQzhc0-QuXTNh4-M
Julie Paré. (2023, 24 mai). Évaluation 101 – Partie C. LEARN Blogs. https://blogs.learnquebec.ca/2023/05/evaluation-101-partie-c/